Les medias comme vecteurs de la propagande : chronologie


Le XXème siècle a été le théâtre d’innombrables essais d’instauration de propagande par des régimes tyranniques qui allaient s’appuyer sur les techniques de  manipulation des foules abordées précédemment. Nous allons donc revenir sur l’apparition de la propagande pour en expliquer ensuite les techniques.

De Corax au XXème siècle: invention de la propagande

L’invention de l’art de convaincre remonte vers 485 av. JC en Sicile grecque dans un cadre judiciaire, avec la naissance de la rhétorique. Son inventeur, Corax, rédige alors un manuel qui propose un ensemble de mécanismes techniques essentiellement basés sur les passions pour une argumentation plus efficace devant les tribunaux.

L’empire romain, selon Jacques Ellul, utilise pour la première fois « l’information comme moyen de propagande ». La parole devient alors manipulation : on se réfugie dans des litotes, des maximes générales, de l’hypocrisie, de l’insinuation face à un chef unique, il n’y a en effet pas de place pour le débat. La recherche du pouvoir de convaincre par le biais de la parole ne quittera plus désormais les sociétés.

La propagande au XVIIème siècle n’est pas un terme négatif

C’est au XVIIème siècle, au cours des guerres de religion, que le Pape Grégoire XV utilisa le terme (qui n’était alors pas encore péjoratif) de « propagande » pour la première fois pour désigner la propagation de la foi. Au XXe siècle, à l’ère de l’industrialisation, on assiste à une véritable pratique bureaucratique de la propagande qui se mute alors en un phénomène reconnu, étudié et  professionnalisé. Le terme de propagande sera alors massivement utilisé tout au long du XXème siècle par les partis politiques pour désigner les actions entreprises afin de diffuser leurs idées.

Jusque dans les années 70, il existe même des « secrétariats à la propagande », « des responsables de la propagande » et des « service de propagande » dans de nombreuses organisations politiques. Marxisme contre théories libérales, science contre religion, apparition du fascisme, du nazisme et des grandes démocraties : le contexte économique et social du XXe siècle est le siècle d’affrontements idéologiques.

XXème siècle: montée en puissance des médias et de la manipulation

Des représentations du monde et des projets de changements sociaux qui s’affrontent et offrent sans conteste un terrain propice à l’avènement d’une manipulation médiatisée. Le XXème siècle est caractérisé par la montée en puissance de médias qui irradient l’espace sociétal, la parole à cette époque est à son point d’incandescence manipulatoire le plus élevé.

Il est indiscutable que le contexte socio-économique de l’époque a contribué à la manipulation des médias, mais il est important de souligner que ce sont avant tout les évènements politiques majeurs qui ont contribué à l’expansion de ces nouvelles pratiques, d’où l’assimilation récurrente dans les esprits des médias de masse comme instrument du totalitarisme.

Propagande : des techniques et procédés bien précis

Selon Philippe Breton, la notion de manipulation répond à trois critères:

  • Premièrement, « la manipulation désigne une action violente et contraignante qui prive de liberté les individus qui y sont soumis. Cette violence n’est pas physique mais psychologique ou cognitive »
  • Deuxièmement, « elle s’appuie sur une stratégie élaborée qui vise à tromper, à faire croire ce qui n’est pas : le message délivré est donc mensonger ? Il s’agit d’emporter coûte que coûte l’adhésion de l’auditoire. »
  • Troisièmement, « le procédé manipulatoire se heurte à une résistance ou du moins à une non-acceptation immédiate de son message. On ne cherche pas à argumenter, à échanger des idées ou des opinions, mais à les imposer en entrant en quelque sorte par effraction dans l’esprit de quelqu’un. On dira donc que la parole manipulatoire est : mensonge organisé, privation de liberté de l’auditoire et outil pour vaincre sa résistance ».

Elle doit également utiliser des techniques particulières : Jean-Marie Domenach montre que la propagande obéit à des règles bien précises qui répondent des caractéristiques externes et internes.

D’un point de vue interne, elle doit maîtriser les valeurs et croyances fondamentales ainsi que le terrain psychologique (opinions, sentiments, pensées) de la société sur laquelle elle construit sa stratégie et suit des règles là encore bien précises :

La règle de la simplification et d’ennemi unique : on se sert de slogans, de mots d’ordres et de symboles graphiques (drapeau, emblème, insigne…), plastiques (salut, poing levé…) ou musicaux (hymne), qui expriment une idée avec la force de l’évidence.

La règle du grossissement : corollaire immédiat de la précédente règle énoncée. Elle consiste à gommer toutes les nuances qui pourraient nuire à l’information transmise et à accentuer voire exagérer celles qui a contrario vont dans le sens du discours auquel on veut faire adhérer.

La règle de l’orchestration : la répétition inlassable des idées principales afin de soumettre le public visé à des représentations à faire assimiler.

La règle de la transfusion : Elle part d’un substrat indispensable, qui en s’appuyant sur un fond culturel commun permet de ne jamais heurter de front les convictions du public auquel on s’adresse.

-Et enfin, la règle d’unanimité et de contagion : il s’agit de créer l’illusion d’une unanimité comme vecteur à la fois d’enthousiasme et de terreur en exploitant le souci de similitude à autrui. Il existe de nombreuses techniques de contagion, comme l’utilisation de la manifestation qui pousse irrémédiablement à l’entrain, des drapeaux, emblèmes et insignes ou encore de la musique qui renforce le sentiment d’appartenance.

D’un point de vue externe, elle est avant tout « une technique qui doit s’adresser en même temps à l’individu et à la masse », et doit ensuite être « totale », autrement dit utiliser tous les modes de communications : presse, radio, télévision, publicité et Internet aujourd’hui.

Médias détournés en un puissant outil de manipulation

On remarque donc que le XXème siècle, avec l’essor remarquable des techniques de communication de masse, a marqué un tournant dans l’utilisation des techniques de persuasion et de manipulation.

Les médias, principaux vecteurs d’information ont alors souvent été détournés en un puissant outil utilisé par des individus, des groupes et des partis peu scrupuleux dans le but d’asseoir leur autorité sur le peuple. Les gouvernants s’emparent alors des stations de radio ou de télévision, musèlent la presse et donc la liberté d’expression, contrôlent et filtrent l’information diffusée. Ainsi, les techniques de manipulation utilisées par la propagande sont bien la preuve que l’homme est facilement maîtrisable par des experts en manipulation à partir du moment où le contexte politique et économique le permet.

Il est cependant important de ne pas réduire ces actions de propagande au simple fait des régimes dictatoriaux. Les équations qui semblent naturellement intégrées sont le plus souvent les associations suivantes : totalitarisme et manipulation versus démocratie et liberté d’opinion. Cela prouve la croyance utopique d’une société transparente d’individus informés par des média pluriels et libres, alors que les médias sont pourtant le plus souvent les vecteurs de techniques de manipulation.


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Un commentaire sur “Les medias comme vecteurs de la propagande : chronologie

  1. […] des articles traitant de l’influence des médias dans la rubrique: influence des médias:  propagande et ses théories, désinformation (audimat, sccop, Affaire DSK et rumeurs), […]

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