Désinformation: scoop, télévision, « information-spectacle »


L’urgence et le « fast-thinking » entrainent un appauvrissement de l’information.

Course au scoop

Dans une logique avant tout rythmée par la concurrence, le journaliste est devenu un sportif de haut niveau lancé dans une course effrénée au scoop.

La rigueur éditoriale d’autan se consume sur l’autel des titres à gros tirages, les médias audiovisuels privilégiant aujourd’hui le direct au différé. Grâce aux nouvelles technologies telles que les caméras numériques, les antennes paraboliques, les satellites et les téléphones « dernière génération », les journalistes sont aujourd’hui en mesure d’intervenir à chaud lors d’évènements aux quatre coins de la planète.

Une information grande vitesse qui laisse peu de temps à la vérification des sources et qui entraine parfois de grosses erreurs de jugement comme nous le verrons plus tard.

Voir aussi cet article qui traite des scoops: quand-les-medias-vont-trop-loin-le-tabloid-«news-of-the-world»-ferme

La télévision de Bourdieu

De plus, selon Bourdieu, la télévision n’est plus un vecteur d’argumentation et de pensée. Les journalistes privilégient l’information facilement compréhensible, banale et commune, ne laissant pas de place à la démonstration dans un souci de gain de temps : ce que Bourdieu appelle le « fast-thinking »[1]. C’est la raison pour laquelle on peut voir de plus en plus fréquemment, lors du journal télévisé, des personnes interviewées au hasard dans la rue sur une question d’actualité, ou pour témoigner sur un évènement, et qui n’apporte pourtant aucune plus value pour le téléspectateur, ou pire, dont parfois la réponse n’a aucun rapport avec le sujet traité.

Information spectacle

Enfin, on notera que ces pratiques creusent le fossé qui réside entre les personnes ayant accès aux informations par le biais de supports variés et ceux dont le seul vecteur informatif est la télévision. L’information se retrouve donc basée sur des idées reçues et laisse peu de place à l’argumentation, au débat et à la diversité de point de vue mais plutôt à l’évènement. On assiste alors à un véritable nivellement par le bas et à l’avènement « d’une information-spectacle »[2]

Les journalistes tablent de plus en plus sur du sensationnel et de l’inattendu en laissant peu de place à l’analyse, les médias détournent alors leur public du réel par cette diversion. Une information basée sur une grille de lecture immuable : les journalistes doivent en effet traiter de sujets complexes sur un temps très court, ils se retrouvent forcés de faire preuve d’une simplification trop poussée et à privilégier l’émotion plutôt que l’argumentation.


[1] Sur la télévision, Pierre Bourdieu, 1996

Publicités

2 commentaires sur “Désinformation: scoop, télévision, « information-spectacle »

  1. […] du scoop (voir aussi les articles  qui traite de  la constante course au scoop des journalistes: course au scoop, et Quand les médias vont trop loin), vont faire circuler ces photos comme étant de vraies photos […]

  2. […] dans la rubrique: influence des médias:  propagande et ses théories, désinformation (audimat, sccop, Affaire DSK et rumeurs), […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s