Rumeur affaire DSK: la thèse du complot refait surface


«Complot», «surveillance» ou «piège» : des termes de plus en plus forts alimentent en ce moment la chronique…

 

En effet, dans une enquête de trois pages intitulée «Qu’est-il réellement arrivé à Dominique Strauss-Kahn publiée par le magazine New York Review of Books, le journaliste américain Edward Jay Epstein révèle plusieurs zones d’ombre sur la journée du 14 mai jour de l’arrestation de DSK à New York et où a éclaté l’affaire Diallo.

En filigrane de celui-ci apparaît une thèse envisagée dès l’arrestation de et refaisant surface ces derniers jours à la lumière de l’enquête sur le réseau de proxénétisme du Carlton: possible candidat de gauche à fort potentiel à l’élection présidentielle de 2012, Dominique Strauss-Kahn aurait été mis sous écoute et sous surveillance.

Le BlackBerry volatilisé de DSK aurait-il été piraté ?

 

Edward Jay Epstein affirme en effet que le téléphone de Dominique Strauss-Kahn aurait pu avoir été l’objet de piratage.

Le fameux portable aurait été égaré le jour de l’arrestation de DSK et n’aurait jamais été retrouvé. L’un des avocats américains de M. Strauss-Kahn a aussitôt déclaré ne pas négliger le fait que son client ait pu être victime d’une « entreprise délibérée visant à le détruire politiquement ».

D’après « plusieurs sources proches de DSK », une «amie» travaillant temporairement comme documentaliste aurait prévenu DSK qu’un courriel envoyé à son épouse Anne Sinclair avait été lu dans les bureaux du parti présidentiel le matin même du 14 mai et donc avant l’affaire du Sofitel.

«On ignore comment l’UMP a bien pu recevoir cet e-mail, mais s’il venait de son BlackBerry du FMI, DSK avait des raisons de penser qu’il était peut-être sous surveillance électronique à New York», écrit Edward Jay Epstein.

DSK quelque temps auparavant aurait révélé à un ami un complot visant de le «gêner avec un scandale».

Liesse malvenue ou complot avéré ?

On comptera également la fameuse « danse de joie » immortalisée par les caméras de surveillance peu après 13h30 de deux employés du Sofitel qui aurait pû être des complices du complot contre DSK.

 

Réponse de l’UMP

Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a déclaré samedi se méfier des « rumeurs » sur une éventuelle « entreprise délibérée » impliquant l’UMP qui aurait visé à « détruire politiquement » Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel, jugeant « la ficelle très, très grosse ».

«On est en vrai fantasme. Ce n’est pas parce que DSK a égaré son téléphone qu’il y a complot», s’est moqué, dimanche, Claude Guéant sur Europe 1. Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, a lui aussi rejeté tout «complot» en précisant que l’article parût dans le New York Review of Books n’était que le fruit d’une juxtaposition d’éléments certes troublants mais n’apportant aucune conclusion avérée

Avocat de Nafissatou Diallo

L’avocat de Nafissatou Diallo Douglas Wigdor, s’est dit scandalisé de ces accusations : il est «au-delà du grotesque de dire que ma cliente a pris part à un complot d’Etat pour piéger DSK».

Qui profite de ces rumeurs?

Encore une fois, nous pouvons constater que ce sont ici les paparazzis et la presse à sensation qui en profitent en premier lieu.

Consultez également les articles suivants pour en savoir plus:  DSK: lynchage médiatique et fausses informationsPouvons nous encore faire confiance aux médias? Qu’est-ce qu’une rumeur?

Et vous, qu’en pensez vous?

Cet espace est le vôtre, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires!
A très bientôt.

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Réseaux sociaux: comment intéresser votre cible ?


Vous êtes community manager ou simplement intéressé pour vous lancer sur les réseaux sociaux?

Pour construire une présence efficace sur internet, il est indispensable de nos jours d’être présent sur les social médias.  Mais encore faut il parvenir à sortir du lot et surtout à intéresser votre cible!
Voici quelques conseils pour y arriver, bonne lecture!

Il faut être digne de confiance

Dans cette optique, il est indispensable de proposer des informations crédibles, vérifiées et donc de sources sûres. 
Pour cela je vous invite à lire un d’autres articles sur la vérification des sources et la désinformation: Qu’est ce que la désinformation?,  DSK: lynchage médiatique et fausses informations, Pouvons nous encore faire confiance aux médias? Photomontage: disparition de Ben Laden, Désinformation: scoop, télévision, « information-spectacle ».

Il faut apprendre à connaitre sa cible

Le New York Times a révélé différents profils de personnes qui partagent sur les réseaux sociaux

Les altruistes  : partagent pour aider les autres
Les carrieristes : partagent pour développer leurs réseaux et leurs idées
Les Hipster : le partage fait partie de leur identité, surtout s’ils sont les 1ers sur l’info
Les boomerangs : partagent pour chercher la controverse et donc la réaction – veulent être perçus comme des personnes engagées et provocantes
Les connecteurs : partagent pour les bons plans et mettre en relations des personnes
Les sélectifs : partagent uniquement de manière spécifique du contenu pertinent aux bonnes personnes.

Source : http://gregorypouy.blogs.com/marketing/2011/07/psychologie-pourquoi-les-gens-partagent-en-ligne-.html

Cette étude souligne le fait qu’il est primordial de répondre aux attentes de ses « suiveurs ».

Il faut créer du lien entre les différents acteurs de votre « communauté »

En effet, les fans d’une marque cherchent avant tout à communiquer entre eux.

  • 78% des gens partagent des liens pour rester connecté avec leurs réseaux
  • 73% pensent que le partage de contenu les aide à trouver des personnes ayant des intérêts communs

 En espérant que cet article vous aura aidé, n’hésitez pas à laisser vos commentaires et proposer des liens vers des informations complémentaires!

La « néo-télévision »


La télévision : un média qui tend à se désinformer de plus en plus  (Umberto Eco, La guerre du faux)

Les dérives actuelles liées aux « contraintes commerciales » que nous avons abordées précédemment dans la section désinformation (voir menu en haut de page) prennent une dimension jamais égalée avec la télévision, aujourd’hui considérée comme l’un des principaux médias d’information. « L’ancrage de la télévision dans les pratiques de distraction se confirme ».[1]

Désinformation: le cas à part de la télévision

En tant que média d’image, la télévision jouit d’un spectre d’influence plus large qui semble dominer le champ journalistique et imposer un modèle commercial bien précis.

Elle pousse à l’expansion d’une vision de l’information basée avant tout sur l’audimat se fixant principalement sur le sensationnel et les faits divers. Avec la fin du monopole du service public on assiste aujourd’hui à une véritable mutation de la télévision. Même si l’Union Européenne souligne en effet que la télévision publique « a un rôle important à jouer pour promouvoir la diversité des cultures de chaque État, pour offrir des programmes éducatifs et des programmes de découverte, pour informer de manière objective l’opinion publique des événements et des débats en cours, pour assurer le pluralisme, et pour fournir de manière démocratique et gratuite un divertissement de qualité « .[2]

Les critères de diffusion télévisuelle sont donc censés échapper à la loi du marché et participer à la vie démocratique. L’acquittement de la redevance laisse également supposer être une garantie de qualité et de diversité des programmes et des genres proposés, cela pour tous les publics dans le souci de l’intérêt général et du pluralisme.

La « néo-télévision » définition

Pourtant, on assiste aujourd’hui à l’avènement d’une télévision d’un nouveau genre, où selon Umberto Eco, « la vérité qui compte  n’est plus celle de l’énoncé, mais celle de l’énonciation ».[3]

La néo-télévision est une expression qui exprime (le plus souvent négativement) l’évolution de la télévision depuis les années 1980 et notamment:

  • La forte émergence des sociétés privées dans le capital des chaînes
  • L’omniprésence des émissions de jeu et de  promotion commerciale
  • La « peopleisation » de la télévision
  • L’apparition de la télé-réalité
  • Le nombre réduit des émissions culturelles sur les chaînes généralistes

Ces différents points nous amènent à penser que la télévision se mute en un média sans relief aboutissant à une « version » illusoire du monde. « En quelques années, nous sommes passés d’une télévision de pénurie à une télévision d’abondance et de niches. C’est une évolution logique, que la presse écrite et la radio ont connu, elles aussi. […] Tout au long de cette transformation, le téléspectateur, lui aussi a changé […]. Là est le cœur de la révolution […] la nature de la relation du téléspectateur à ses programmes. » [4]


[1] Frédéric Barbier Catherine Bertho Lavenir, ibid., 1996.

[2] Résolution du 5 novembre 2001du Conseil de l’Union européenne sur le développement du secteur audiovisuel.

[3] A partir de l’ouvrage : La guerre du faux, Umberto Eco, 1987

[4]La fin de la télévision, Jean-Louis Missika, 2006

Interview de Claude Carré: Influence des médias


J’ai eu l’occasion de pouvoir rencontrer Claude Carré, ancien journaliste célèbre aujourd’hui consultant et de lui poser quelques questions autour des médias et notamment de leur influence sur les individus.

Claude Carré: son expérience

Claude Carré a fait ses études à l’école de journalisme du Louvre. Au départ professeur à Deauville, puis ayant toujours souhaité être journaliste il devient pigiste, puis petit reporter TV.

Il effectue des reportages politiques et de société.

Puis il travaille au service étranger  notamment durant la guerre du Vietnam et effectue beaucoup de voyages en Asie, aux États-Unis et en Afrique

Il devient enfin rédacteur en chef du Journal TV sous Patrick Poivre d’Arvor.

Il gère l’émission Monde en Face  et créé l’émission Envoyé Spécial.

Il part ensuite chez Antenne 2, gère des émissions sur la santé et les sciences puis  il retourne enfin à TF1 en tant que Directeur de rédaction de 1996 à 2008.

Suite à son départ de TF1 il fonde son entreprise de communication de crise, coaching et training.

Selon vous les médias sont-ils objectifs ?

Rien n’est objectif pas même une caméra qui filme les choses selon un angle bien précis.

Un journaliste également ne peut être objectif. Chacun perçoit les choses qui l’entourent avec ses propres limites :

– Son intelligence

– Ses convictions

– Des sentiments et émotions

– Son éducation

« Être journaliste c’est être là où bat le cœur du monde », être journaliste c’est forcément apporter sa touche personnelle, transmettre des informations sous un angle personnel. Le journaliste est un « historien de l’instant », il ne peut avoir qu’une vue partielle des événements. En revanche, le journaliste se doit d’être toujours honnête.

 Quelle est la responsabilité des médias dans l’avènement d’une ère de désinformation ? Les médias sont ils fiables ou au contraire manipulateurs ?

Le trop plein d’images actuel est un véritable danger. En effet, on peut se demander qui fait le tri ? Quelles sont les sources ?

Ce qui est justement le travail du journaliste, c’est de transmettre des informations vérifiées et fiables. Or aujourd’hui, avec l’ère du Web, tout le monde se prend pour un journaliste.

On assiste à un véritable foisonnement de l’information et on se retrouve alors confronté à deux problèmes :

– Qui peut encore faire de la pédagogie de l’information ?

– Où sont les valeurs de ces informations ?

Est-ce que ce ne sont pas les gens qui doivent aller chercher l’information et en faire le tri au risque de se retrouver noyés par l’information ?

Oui et non. C’est tout d’abord aux journalistes de faire le tri et de savoir où est la réalité, de confronter les idées.

Le journaliste sait poser des limites à l’inverse d’internet.

Le danger aujourd’hui c’est de se fermer dans un monde irréel en utilisant le procédé de l’entonnoir, c’est-à-dire en se focalisant uniquement sur les informations qui nous apportent du plaisir de lecture.

Selon vous est-ce que l’essor des NTIC entrainent un accès de plus en plus vaste des connaissances?

Le Web est une véritable richesse et on ne va pas retourner à l’âge de la machine à la vapeur. Le problème en revanche actuellement c’est que c’est un outil qui n’est pas encore suffisamment « domestiqué », nous n’avons pas assez de recul avec cet outil.

Avez-vous été témoin de « manipulation » ou d’une influence des médias ? En avez-vous été acteur ?

La télévision joue sur deux ressors : c’est un média d’émotion et de slogan : 60% forme contre 40% fond. En ce qui concerne la forme on joue avant tout sur l’émotion (principalement l’empathie et la peur). En ce qui concerne le fond on joue ici principalement sur le sensationnel et sur le slogan car le journaliste a très peu de temps pour divulguer les informations et ne peut faire le tour de la question, cela devient donc plus un système d’alerte de faits bruts qui seront ou non par la suite analysés et recherchés dans d’autre médias (notamment la presse).

Pour expliquer ce point voici un exemple. Lorsque je préparais les reportages pour mon émission sur TF1, je m’appliquais à toujours faire passer les idées par l’humanité c’est-à-dire par des témoignages de personnes et des images concrètes de vécu. Si je ne mettais que des interviews de sociologues dans mon reportage le taux d’audience chutait irrémédiablement.

Le problème est que dans cette véritable course à l’image les politiques y ont perdu leur crédibilité. Rama Yade par exemple courait les émissions de télévisions pour se faire voir.

 

L’influence des médias est-elle une influence nécessaire selon vous?

Avec l’avènement d’internet on peut se demander comme je vous le disais précédemment où sont passées les valeurs ?  Je me suis retrouvé à voir une vidéo du suicide d’une petite fille de 12 ans que j’ai bien évidemment refusé de passer à l’écran. Le journaliste à pour rôle aussi de trier l’information. Une information qui aujourd’hui n’est pas triée sur Internet. C’est la raison pour laquelle on a pu voir un otage anglais décapité en Irak dans les moindres détails.

Les journalistes ne doivent jamais faire de diffusion qui toucherait à la dignité des personnes et aux règles déontologiques. On peut parler de censure nécessaire, tout n’est pas à montrer.

Les médias sont-ils eux même manipulés ?

Oui évidemment, j’ai vu lors de la grève des employés de Renault un très bon exemple. Nous avions deux caméramans : l’un filmait l’autre et l’autre filmait la foule. Lorsque les deux caméramans discutaient entre eux la foule des salariés était assise par terre et discutait. Dès que l’un des deux caméramans se dirigeait vers la foule, celle-ci se levait et criait devant la caméra. Ici le public ne réagissait que pour la caméra.

Je tiens à remercier Claude Carré pour sa disponibilité et sa gentillesse.

L’homogénéisation des médias: vers une information unique?


Les informations sont la plupart du temps élaborées en amont par des agences de presse, qui fournissent les rédactions des médias abonnés.

 

Sources d’information

On compte trois grandes agences de presse généralistes qui constituent la base de l’information mondiale :

Ces sources sont les mêmes pour tous les journalistes, ce qui explique en partie que l’information varie peu d’un support à l’autre.En effet, les agences trient les informations et sélectionnent celles qui seront les mieux vendues (et donc celles dont l’opinion sera la plus friande), sous peine parfois de ne pas évoquer des informations pourtant essentielles. Les journalistes traiteront alors une information déjà partiellement tronquée.

Agences de presse: alliées ou ennemis des journalistes?

Force est de constater que ces agences de presse se trouvent être à la fois alliées et ennemis des journalistes. Ces agences jouissent d’une crédibilité sans bornes qui permet aux journalistes d’être constamment alertés. Que ce soient les politiciens, les entreprises, les ONG ou encore les syndicats en France, quasiment tous contacteront directement l’AFP si ils ont une information à transmettre, cette voie étant la plus efficace.

Au regard de cette confiance donnée aux agences, les rédacteurs en chef des différentes rédactions considèrent alors que les informations provenant de cette source priment sur les informations de ses propres journalistes de terrain. On assiste donc à un quasi copié-collé des journalistes du contenu divulgué par les agences, d’où des contenus qui peinent à se démarquer d’un quotidien à l’autre. Or, le rôle principal de la presse est pourtant d’apporter une plus-value (décryptage, reportage, mise en perspective) par rapport aux médias « chauds » que sont l’audio-visuel et Internet.

Concurrence accrue

De plus, animés avant tout par une politique de concurrence médiatique accrue et presque conflictuelle, les journalistes tendent de plus en plus à uniformiser le contenu de leurs articles. Quelles est la première chose que fait un journaliste du Figaro lorsqu’il arrive le matin à son poste ? Il lit les parutions de ses concurrents afin de s’assurer qu’aucune information ne lui a échappé la veille, auquel cas il s’empressera de rectifier cette erreur en l’abordant le jour même.

On assiste ici à un véritable paradoxe. Alors que la concurrence est censée apporter différenciation et richesse de contenu, c’est ici l’opposé : de peur de passer à coté de l’information qui fera vendre, au lieu de se démarquer par de l’unique et de la nouveauté, la concurrence pousse les médias à une uniformisation de la production de contenus. Pour savoir quel sujet aborder, le journaliste doit s’informer avant tout sur ce qui a été déjà dit dans une logique exclusivement commerciale qui amène les produits journalistiques à revêtir des ressemblances systématiques avec la concurrence.

Le journaliste n’est plus souverain mais se retrouve piégé par un jeu collectif pervers. Si France 2 traite un nouveau sujet, on peut être à peu près certain que ce sujet sera également abordé par les autres grandes chaines Télévisées (TF1, France 3 et M6). Bourdieu nomme ce processus « circulation circulaire de l’information » : une information qui se retrouve bloquée dans une sorte de cercle vicieux ne laissant aucune place à l’originalité.

Qu’est-ce qu’une rumeur?


J’ai beaucoup évoqué des cas de rumeurs jusqu’ici: (cliquez sur les liens suivants pour accéder aux articles) les rumeurs autour de Martine Aubry et sur le web 2.0, autour de l’affaire DSK et de la mort de Ben Laden . Je vous propose donc d’analyser plus en profondeur ce processus de rumeur, qui, quelque soit les époques et les moyens employés (du bouche à oreille hier au web 2.0 aujourd’hui) est toujours d’actualité.

La rumeur: définition

La rumeur est « le plus vieux média du monde » selon Jean-Noël Kapferer. Le terme de rumeur, du latin « rumor », apparaît au XIIIe siècle avec le sens de « bruit qui court », qui deviendra rapidement « nouvelles qui se répandent dans le public ou l’opinion ». La rumeur est donc une information non vérifiée qui se transmet à un grand nombre d’individus. Elle est dès lors définie comme « l’émergence et la circulation dans le corps social d’informations soit non encore confirmées publiquement par les sources officielles, soit démenties par celles-ci »[1].

Aujourd’hui, la rumeur est considérée comme un élément majeur de construction sociale de l’espace public, entre “journalisme d’investigation” (la rumeur étant pour les journalistes un outil de travail) et “respect de la vie privée” (la rumeur peut briser des vies), entre “mythe” (la rumeur peut se construire de toutes pièces) et “infamie” (la rumeur peut être utilisée à des fins de propagande, manipulation ou de désinformation)[2].

La rumeur peut servir à tromper l’opinion ou un adversaire, notamment en temps de guerre ou de crise, mais également dans un but commercial (pour faire vendre des articles de journaux en grand nombre par exemple).

La rumeur présente quatre caractéristiques particulières[3]

 –L’implication: le sujet transmetteur se sent plus ou moins concerné par le message véhiculé.

L’attribution: la rumeur est un discours rapporté : c’est-à-dire qu’elle renvoie systématiquement à un fait « non immédiat et concomitant à sa transmission » et qui n’est par conséquent jamais vérifiable directement. Elle est toujours le témoignage d’un témoignage et est le plus souvent anonyme.

L’instabilité: en se diffusant, son contenu se modifie par réduction, accentuation, rajouts, omission, généralisation des faits rapportés. On remarque que ces altérations du message original sont le fait de l’humain, qui selon sa propre vision du message, sa personnalité et ses préoccupations aura tendance à en tirer un nouveau message personnalisé.

La négativité : elle rapporte majoritairement des faits négatifs voire inquiétants ou dramatiques : situations aversives, agressions, dangers, accidents ou encore menaces. Les rumeurs rapportant des faits agréables d’espoirs sont rares et sont souvent le fait de mutations sociétales.

Lors de divers évènements, on observe que les médias constituent l’élément catalyseurs des rumeurs. Afin d’illustrer notre propos et appréhender le poids des médias dans ce procédé singulier de communication persuasive, nous étudierons le cas célèbre de la rumeur d’Orléans[4] dont les médias ont été sans conteste le principal vecteur.

Un exemple frappant de la puissance de ce phénomène: la rumeur d’Orléans

Les évènements se seraient déroulés en mai 1969. Ce mythe citadin incriminait pas moins de six magasins de lingerie féminine tenus par des juifs et se basait sur de possibles rapts de femmes dans des cabines d’essayage où elles auraient été droguées avec des seringues hypodermiques puis enlevées discrètement grâce aux nombreux souterrains présents dans la ville, pour être ensuite livrées à des réseaux de prostitution. Elle prit une tournure quelque peu comique lorsqu’on évoqua la possibilité d’un sous-marin remontant la Loire pour plus de discrétion lors du transport des femmes kidnappées.

Les médias catalyseurs et diffuseurs de rumeurs ?

Il est important de noter que le rôle des médias dans la naissance et la diffusion de la « rumeur d’Orléans » est indéniable. En effet, cette rumeur fait suite à la publication de l’essai « Esclavage sexuel » de l’Anglais Stephen Barlay en 1968 et dont l’histoire est à quelques détails près identique à celle de la rumeur : une jeune femme se rend dans un magasin de mode à Grenoble accompagné de son époux qui patiente à l’extérieur. Inquiet de ne pas la voir revenir, il s’adresse au patron qui semble ne pas l’avoir vu dans la boutique. Il alerte alors la police qui la retrouvera plus tard droguée dans une cave. Un récit de traite des blanches qui sera traduit en Français et relayé par le magazine populaire Noir et blanc le 6 mai de la même année : la rumeur est née.

Véritable légende urbaine, la rumeur dite d’Orléans a dépassé les simples frontières de sa ville et même de son pays de naissance pour connaître une très large diffusion : (nous avons pris le parti d’énoncer la totalité des villes touchées par cette rumeur afin de rendre compte de l’impact sans précédent de cette rumeur, impossible sans les formidables relais que sont les médias) :

  • De 1959 à 1969,  à Paris, Toulouse, Tours, Limoges, Douai, Rouen, Lille, Valenciennes
  • En 1966 à Dinan et Laval
  • En 1968 au Mans
  • En 1969 à Orléans, Poitiers, Châtellerault, et Grenoble
  • En 1970 à Amiens
  • En 1971 à Strasbourg
  • En 1974 à Chalon-sur-Saône
  • En 1985 à Dijon et La Roche-sur-Yon
  • En 1987, à Québec
  • En 1990, à Rome et à Montréal
  • En 1992 en Corée. [5]

 

Analyse de la rumeur d’Orléans

Cette rumeur à perduré pendant de nombreuses années sans jamais souffrir d’aucun démenti, même officiel, des services de police signalant par exemple qu’aucune disparition suspecte n’a été répertoriée dans les environs. Pire, les démentis alimentaient la rumeur, la population étant persuadée que les juifs payaient la police pour se taire.

Ce cas de rumeur et tout à fait significatif car il témoigne des peurs des populations face aux transformations profondes de la société française à cette époque et d’un antisémitisme fort. En effet, on remarquera que, ni dans le récit de Stephen Barlay, ni dans l’article de « Noir et blanc » ne sont évoqués des juifs et pourtant la rumeur transforma les faits pour accuser exclusivement cette minorité. On assiste donc à une sorte de délire antisémite presque inconscient où les juifs deviennent les boucs émissaires pour palier aux peurs latentes naissant du changement. Les parents voient en effet à travers cette rumeur l’illustration concrète du danger que représentent pour leurs filles l’émancipation et la nouvelle mode de la mini-jupe et l’occasion d’alerter leurs enfants sur les risques qu’ils encourent.

Les médias sont de formidables vecteurs de rumeurs pour plusieurs raisons

Grâce à leur large audimat, ils permettent d’élargir le nombre de personnes qui ont connaissance de la rumeur. De plus, les médias, et notamment la presse, jouissent d’une forte crédibilité. En diffusant la fausse information, ils la rendent réelle vis-à-vis du public concerné. En relayant la rumeur sans jamais préciser que les sources ne sont pas vérifiables, la rumeur se mute en désinformation.


[1] Le plus vieux média du monde, Kapferer Jean-Nöel, 1987, p25
[2]
L’invention du “plus vieux média du monde, Pascal Froissart, 2000.
[3]
Selon l’ouvrage Les rumeurs, Rouquette Michel-Louis ,1975
[4]
Ce paragraphe est basé sur deux ouvrages:

La rumeur d’Orléans, Edgar Morin
La rumeur. Histoire et fantasmes
, Pascal Froissart

[5] La rumeur d’Orléans, op. cit.(42)., Edgar Morin

Pouvons nous encore faire confiance aux médias? Photomontage: disparition de Ben Laden


La fiabilité des informations est discutable dans les médias

Face à la multiplication des canaux d’information, on voit apparaitre des effets qui vont à l’encontre de la mission première des médias qui est d’informer. La débauche d’images, le flot d’informations toujours plus important et l’instantanéité des informations mène vers à un appauvrissement de l’information.

A noter que ces nouvelles formes d’approche journalistique peuvent entrainer des effets directs sur la sensibilité des individus vis-à-vis des médias. Le direct créé une sorte de dépendance du téléspectateur qui, s’il ne suit pas les informations divulguées, pense risquer de passer à coté de l’essentiel. A contrario, le téléspectateur peut également se retrouver lassé face à une information banalisée et uniformisée.

Course au scoop

Ce nouveau contexte de travail n’est pas sans conséquence sur la nature même de l’information divulguée : la tendance à toujours rechercher le scoop rend la fiabilité du contenu souvent discutable. Les journalistes, pour gagner du temps, se passent de plus en plus de vérifier leurs sources.

Par manque de recul, ils peuvent parfois se retrouver pris au piège d’une rumeur et devenir de ce fait les vecteurs de la désinformation. Soumis à la pression de l’urgence, les médias prennent de moins en moins de recul par rapport à l’information qu’ils transmettent. Sarkozy l’a bien compris et a mis en place des procédés bien précis afin d’utiliser les médias en les devançant systématiquement et en saturant l’espace médiatique pour de ne pas leur laisser le recul nécessaire et ainsi les faire entrer dans son jeu médiatique.

Photomontage de Ben Laden

Nous citerons ici le cas récent du photomontage suite à l’annonce de la mort de Ben Laden qui a fait le tour des rédactions du monde le 2 mai 2011 avant que le subterfuge ne soit découvert. Quel angle doivent choisir les journalistes pour annoncer  la disparition de  Ben Laden, ennemi public n° 1, mettant un terme à dix ans de traque ininterrompue ? Une occasion en or pour les journalistes s’impose avec l’apparition d’une image du cadavre, diffusée par la télévision pakistanaise Geo TV, relayée en France peu après 8h par I-Télé et BFM-TV. A 8h46, « Le Figaro » est le premier quotidien national à montrer cette image en « Une », et placer juste en dessous d’une image tirée du discours d’Obama annonçant la mort de Ben Laden, ce qui semblait aux journalistes être un bon résumé visuel de l’événement du jour. Ce choix de publication est évidemment risqué.

Le Monde.fr fait le choix opposé en privilégiant la prudence. Le quotidien exprime même ses doutes en expliquant que le visage du chef d’Al Quaida, dont aucun portrait récent n’est disponible, devrait paraître plus âgé.

L’AFP publie à 8h46 une photo d’Irakiens montrant sur un écran la fameuse photographie. Le Parisien publie alors la photo sur son site Internet à 9h04 «les images du cadavre de Ben Laden», suivi à 9h24 par le Nouvel Observateur.

Au même instant sur Twitter l’information se répand que cette photo serait un montage effectué sur Photoshop.Cette image existe effectivement en de nombreux exemplaires sur internet et cela avant même la disparition d’Oussama Ben Laden, par exemple dans un billet datant de novembre 2010 publié sur le blog d’un ancien soldat américain.

L’image est alors précipitamment retirée du circuit médiatique par l’AFP. On remarque qu’il aurait donc suffi aux journalistes de prendre quelques instants pour vérifier que cette image ne circulait pas déjà sur Internet, mais le besoin urgent d’avoir une image illustrant un événement si important explique cette reprise par les médias.

Veillez donc à prendre du recul avec les informations divulguées dans les médias…